Le coeur cousu de Carole Martinez

Publié le par B.

Le coeur cousu de Carole Martinez

Edition : Gallimard

Collection : Folio

Pages : 442

Format : Poche

Résumé : Dans un village du sud de l'Espagne, une lignée de femmes se transmet depuis la nuit des temps une boîte mystérieuse...
Frasquita y découvre des fils et des aiguilles et s'initie à la couture. Elle sublime les chiffons, coud les êtres ensemble, reprise les hommes effilochés. Mais ce talent lui donne vite une réputation de magicienne, ou de sorcière. Jouée et perdue par son mari lors d'un combat de coqs, elle est condamnée à l'errance à travers une Andalousie que les révoltes paysannes mettent à feu et à sang. Elle traîne avec elle sa caravane d'enfants, eux aussi pourvus - ou accablés - de dons surnaturels.
Carole Martinez construit son roman en forme de conte: les scènes, cruelles ou cocasses, témoignent du bonheur d'imaginer. Le merveilleux ici n'est jamais forcé: il s'inscrit naturellement dans le cycl
e de la vie.

Mon avis : Dans ce roman, Soledad, la solitaire prend la plume pour nous conter tout d’abord l’histoire de sa mère puis celle de ses frères et sœurs, son père et les rencontres que la famille peut faire. Le roman débute en Espagne, dans un petit village reculé. Frasquita a 8 ans et comme toutes les femmes de la famille, sa mère lui remet une boîte et un lot de prières magiques. Neuf mois plus tard, Frasquita découvre dans la boîte tout un arsenal de couturière. Elle a un don, voilà de quoi l’exploiter. Tout au long de sa vie ses doigts agiles vont la guider, l’aider, soigner…ses mains sont en or comme toutes les femmes de la famille qui ont un don. Mais à chaque qualité un défaut, un revers…

Tout d’abord, on fait connaissance avec les filles de Frasquita adultes puis Soledad, la petite dernière explique qu’elle prend la plume et va raconter l’histoire si extraordinaire de sa mère et de sa ribambelle de gamins. On assiste tout d’abord à son mariage avec un homme qu’elle désire mais qui ne se préoccupe pas d’elle, à part pour lui faire des enfants qui ont le malheur de n’être que des filles. Jusqu’au jour où naît Pedro, l’unique garçon aux cheveux roux. Rejeté par ce père qui ne le pense pas sien, Pedro n’aura de cesse de lui prouver sa valeur. C’est donc la vie de Frasquita et de sa famille que nous suivons pendant tout le roman, tout d’abord en Espagne puis plus tard, quand viendra le temps de l’errance, des rencontres insolites et d’un nouveau pays.

J’ai trouvé l’histoire de toutes ces femmes poignante. D’abord la mère de Frasquita qui éduque sa fille, lui offre son « don » et la marie. Puis la vie de Frasquita, la naissance de ses filles et de son unique fils, son combat contre un mari étrange, peu aimant, peu présent et torturé. Son combat contre les autres villageois qui voient dans cette famille quelque malédiction. C’est le récit de filles puis femmes résolues, fortes, travailleuses, unies, c’est aussi pendant plusieurs pages le récit de l’insurrection des villageois espagnols contre les riches exploitants. C’est l’histoire d’une errance dans un pays désertique, rurale, jusqu’à un autre pays, tout aussi exotique qui verra enfin le bonheur poindre son nez sur la fraterie.

Il y a beaucoup de personnage, d’abord Frasquita, ses filles, son fils, son mari, les deux accoucheuses, l’ogre, le révolutionnaire…et pourtant même si j’ai beaucoup aimé cette lecture, je ne me suis attachée à aucun personnage pas même la narratrice qui finalement se dévoile très peu. Celle qu’on connait le plus c’est Frasquita, la mère mais on discerne mal ses sentiments envers son mari, les deux autres hommes qu’elle rencontrera. On sent qu’elle aime ses enfants mais jamais l’auteure n’y fait allusion explicitement. Et pourtant tous à leur façon ont une magie en eux, même ce mari, entêté, difficile à cerner, brutal… Je crois qu’on aime le personnage « famille » plus que l’un ou l’une d’entre eux.

Je ne connaissais pas du tout Carole Martinez et je ne suis pas déçue car son écriture est travaillée, elle a les mots justes pour décrire les situations, pour faire passer les choses sans pour autant exposer des sentiments débordants. Son vocabulaire est suffisamment riche pour en faire une lecture passionnante sans être rébarbative. Grâce à sa plume, elle a su sublimer la vie pauvre de cette famille, de ces femmes ; C’est une ode à la féminité, à sa force, j’ai trouvé que les femmes étaient à l’honneur et se montraient bien plus courageuses, même physiquement, surtout à l’époque, que beaucoup d’hommes.

Publié dans Drame, Contemporain

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vinushka 25/08/2015 18:28

J'ai ce livre dans ma PAL depuis un an environ. Je n'avais pas accroché aux premières pages, mais ton avis donne envie de m'y remettre.

B. 25/08/2015 20:17

Oh ça fait plaisir vinushka, merci :) J'espère qu'il te plaira si tu le recommences ^^

strawberry 29/11/2014 07:43

Coucou, j'avais déjà lu ce livre, j'avais moyennement aimé.
Bisoux.

strawberry 30/11/2014 14:46

J'ai trouvé trop de longueur, et quelques passages difficiles à comprendre. Sinon la transmission de mère en fille, j'ai bien aimé.

B. 29/11/2014 19:20

C'est vrai ? Qu'est-ce qui t'avait déplu ?