La route étroite vers le nord lointain de Richard Flanagan

Publié le par B.

La route étroite vers le nord lointain de Richard Flanagan

Editions : Actes Sud

Pages : 427

Format : Broché

Date de sortie : janvier 2016

Résumé : En 1941, Dorrigo Evans, jeune officier médecin, vient à peine de tomber amoureux lorsque la guerre s’embrase et le précipite, avec son bataillon, en Orient puis dans l’enfer d’un camp de travail japonais. Maltraités par les gardes, affamés, exténués, malades, les prisonniers se raccrochent à ce qu’ils peuvent pour survivre – la camaraderie, l’humour, les souvenirs du pays. Au coeur de ces ténèbres, c’est l’espoir de retrouver Amy, l’épouse de son oncle avec laquelle il vivait sa bouleversante passion avant de partir au front, qui permet à Dorrigo de subsister.

Cinquante ans plus tard, sollicité pour écrire la préface d’un ouvrage commémoratif, le vieil homme devenu après-guerre un héros national convoque les spectres du passé. Ceux de tous ces innocents morts pour rien, dont il entend honorer le courage. Ceux des bourreaux, pénétrés de leur “devoir”, guidés par leur empereur et par la spiritualité des haïkus. Celui d’Amy enfin, amour absolu et indépassable, qui le hante toujours.

Porté par une écriture d’une rare intensité poétique, La Route étroite vers le Nord lointain est un roman puissant sur l’absurdité de la condition humaine, une méditation ombreuse sur l’amour et la mort, un cri contre la précarité de la mémoire et l’inacceptable victoire de l’oubli.

Mon avis : Je ne vous avais pas dit (ou pas à tous) mais j'ai été contactée en début d'année pour faire partie du jury pour le Prix Relay des voyageurs 2016. C'est un honneur donc je tiens à remercier chaleureusement toute l'équipe. Je vais vous parler du premier livre en lice, je suis d'ailleurs en train de lire le second. J'ai encore appris des choses terrifiantes sur la seconde guerre mondiale mais dans une autre partie du globe et je n'en soupçonnais même pas l'existence.

Doririgo est australien. Il a vécu dans une famille peu aisée et est le premier à faire des études, des études de médecine qui plus est ! Il est passionné par la poésie ou une partie de celle-ci et c'est dans une librairie qu'il va rencontrer Amy. Il sent un étrange lien entre eux. Engagé comme médecin dans l'armée, il ne pensait jamais recroiser la route de cette jeune femme. Pourtant, c'est l'épouse de son oncle, il l'apprend lorsqu'il rend visite à celui-ci. La douche est froide pour Dorrigo qui sait qu'il ne doit pas tomber amoureux de cette femme précisément.Les deux jeunes gens (Amy est plus jeune que son mari) tentent de devenir amis mais la passion, l'attirance est plus forte et ils décident de vivre pleinement leur amour.

Dorrigo est mobilisé pour partir en Orient, sous le joug japonais au même moment où son oncle découvre la liaison de sa femme avec son neveu. C'est elle qui devra gérer la situation pendant que Dorrigo tentera de rester en vie. Dans les premiers temps de son arrivée au camp japonais, Dorrigo est plus dans la souffrance de la perte de celle qu'il aime que dans la peur de la guerre. Mais la réalité va le rattraper à travers les responsabilités qui lui incombent à chaque fois qu'un de ses supérieurs est tué. Il sera bientôt le plus haut gradé australien et ne se sent pas à la hauteur, il ne veut que Amy et la poésie. Il n'a même pas trente ans.

Dorrigo... On fait connaissance avec lui quand il a près de 80 ans et qu'il doit écrire cette préface. C'est un homme devenu riche qui multiplie les maîtresses, les insomnies et autres. Il m'a paru absolument inaccessible et je ne l'ai pas vraiment compris. J'ai certainement tellement eu l'habitude que les répercussions de la guerre soient plutôt une forme de mutisme, de dépression que je n'aurais pas pensé, très bêtement qu'il pouvait y en avoir bien d'autres. Quel fait étrange tout de même que de commencer un livre sur les souffrances d'un homme et de ne pas l'aimer ! Je lui ai reconnu pourtant des actes de bravoure pendant la guerre et finalement, je me suis dit que tout soldat n'a pas l'étoffe d'un héros, il subit ce qu'on lui demande et c'est tellement humain.

La partie que j'ai la plus aimée (je dois avoir un sérieux problème de voyeurisme ou de conscience) c'est celle qui décrit cette vie dans l'enfer oriental pendant la mousson. Ce que les nazis et les collabos ont fait aux européens, américains, n'est pas totalement comparable. Bien sûr on peut rapprocher le dogmatisme que ce soit envers Hitler ou envers l'Empereur et la violence est la même, transposée simplement sur une autre terre. La différence que j'ai ressentie et que je n'excuse bien sûr pas, c'est que les soldats japonais ne tuaient pas par cruauté pure, ils ne tiraient pas un plaisir malsain à maltraiter leurs prisonniers, ils accomplissaient un devoir dans la conscience de servir leur souverain. Je trouve qu'on se rapproche encore plus d'un fanatisme quasi religieux dans lequel la mort n'est pas la question. C'est vraiment affreux à lire.

Il est vrai que l'écriture de l'auteur est riche et elle sait sublimer le Beau (je n'irais pas jusqu'à parler de poésie pour autant mais ça m'est très personnel). Là où Flanagan remporte pour moi une palme c'est d'avoir su utiliser ses talents de conteur, de descripteur dans les moments d'horreur qui mettent encore plus en valeur les scènes entre Dorrigo et Amy. Le sordide qui côtoie l'amour, quelle plus belle façon que de sublimer ce sentiment ?

Publié dans Drame, Historique

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Chess 15/04/2016 18:32

Un livre magnifique !

B. 15/04/2016 20:28

Oui en effet :)

Caroline 14/04/2016 21:28

ça m'intéresse beaucoup comme livre.. et ta chronique donne bien envie.. Quand ma PAL baissera un peu, je l'achèterais peut-être :)

Bonne soirée !

Ps: je ne sais pas si t'as vu mon concours finalement, juste pour te dire qu'il se finit demain !

B. 15/04/2016 20:32

Oh c'est un livre dur mais te connaissant livresquement, je pense qu'il peut te plaire :D
PS : J'ai vu mais comme je n'étais pas venue sur ton blog depuis trop longtemps, je trouvais ça opportuniste :/

Vampilou 14/04/2016 16:30

Wahou, ce roman a l'air absolument magnifique, je le note !

B. 15/04/2016 20:32

Il l'est :p Merci Julia !