Laudanum de Virginie Begaudeau

Publié le par B.

Laudanum de Virginie Begaudeau

Edition : Books on demand
Pages : 404
Format : Ebook
Date de sortie : Février 2015

Résumé : 1903, Moïra est mise en exil pour avoir choisi de croire en un rêve censuré. Suite aux troublants événements qui ont accompagné son enfance, elle se retrouve entre les murs de Beauregard, unie à Noé, liée aux mensonges obscurs de son foyer et enchaînée à cet homme venu de nulle part. Sa rencontre avec Claire Bach, jeune psychiatre en devenir, changera définitivement sa vision du monde, la protégeant des insensés qui l’anéantissent.

Mon avis : Je tiens à remercier sincèrement Livraddict pour m'avoir choisie à l'occasion de ce partenariat et également Virginie Begaudeau, l'auteure qui m'a elle-même envoyé son livre. Je ne perdrai pas de temps avant de vous dire que j'ai vraiment été soufflée par ce roman. Il aborde un thème qui m'est cher : la souffrance psychologique mais il le fait à une époque où celle-ci était une abomination, pas un simple manque de considération. Ce livre m'a fait douter. Est-ce la peur qui menait à ces traitements inhumains comme la peur peut guider l'incompréhension actuelle ?
Je crois que, tout comme de nos jours, c'est bien plus ardu à définir.

Moira a treize ans quand nous la rencontrons pour la première fois. C'est une jeune adolescente étrange et auréolée de mystère. Elle est toutefois enjouée, bougeon bien que fragile. A l'heure de fêter Noël, elle se réjouit de retrouver Noé, un jeune garçon un peu plus âgé qu'elle. Nous comprenons très vite que la vie de Moïra a été ébranlée tout d'abord par la mort de sa mère alors que la petite fille avait cinq ans et ensuite par un internement dans un centre pour jeunes aliénés. Toutefois, elle est revenue dans sa famille depuis quelques années et tente de reprendre un cours de vie normal.
Mais le malheur plane sur elle comme le ciel sur la Terre et, la maison londonnienne de son père ne tarde pas à être le nouveau théâtre d'un drame sordide qui plonge Moïra dans de nouvelles angoisses et fait resurgir un personnage craint de tous, Jared.

Pétris d'une crainte insupportable, le père de la jeune fille, sa tante du côté maternel et sa gouvernante se concertent et décident de l'envoyer vivre avec Noé, qui semble lui conférer un bien être inespéré, au domaine de sa tante. Beauregard est loin de Paris, beaucoup plus campagnard et Moïra y vivra cinq années de réelles avancées face à sa démence précoce, diagnostiquée depuis longtemps par un psychiatre.
Bien qu'innocente et simple victime, Moïra ne sait pas qu'elle a des bourreaux bien tangibles qui tirent les ficelles pour qu'elle sombre. Sa rencontre avec Claire, une jeune femme étonnante et passionnée de psychiatrie la sauvera-t-elle de la vengeance des Hommes ?

L'auteure se fait remarquer par deux qualités, selon moi. La première est qu'elle s'approprie un style du début du vingtième siècle sans faillir. Les subjonctifs sont à leur place et le vocabulaire est cohérent (à une ou deux erreurs près, sur plus de 400 pages). La seconde est qu'elle a construit un puzzle alambiqué autour d'une histoire de famille et que ce stratagème des meilleurs auteurs de polars sert son livre. J'ai plongé dans les balbutiements de la psychiatrie et de la psychanalyse comme si j'y étais et le dépaysement est total. On suit les points de vue des proches mais également de Moïra tant dans ses délires que dans ses accès de lucidité.

Ce livre peut faire frissonner. Il n'est pas facile de croire les tortures que le personnel dit médical réservait aux patients qu'on ne pouvait ranger dans des cases ou qui demandaient une connaissance non encore reconnue. Il est sûrement encore moins facile d'en supporter la lecture mais Virginie Begaudeau conserve une certaine pudeur lors de leur évocation.
Il est possible de frissonner aussi à l'évocation de ce que Moïra s'inflige sans l'aide de personne lors de ses violences, de ses absences.
J'ai pour ma part frissonné encore plus quand j'ai compris ce qui avait amené une enfant de quelques années dans les affres de l'aliénation.

Ce roman qui pourrait être un témoignage, nous rappelle le fastidieux, long et houleux parcours qu'ont mené et mènent encore de nombreux médecins de l'âme pour faire valoir le statut d'êtres humains à des personnes qui vivent une souffrance qu'on ne voit pas mais qui créée des douleurs dont on ne se doute pas sans les avoir traversées.
Il se veut aussi le spectateur de la mysoginie de l'époque et le porteur d'espoir. Les avancées de la médecine sont incroyables même si une part d'ombre demeure et que le scepticisme d'une partie du "Grand public" m'affole.

J'ai envie de conclure par un bravo pour cette histoire qui parle d'amour au milieu de la pire des violences : traiter un Homme comme une bête

Publié dans Historique, Psychologique, Drame

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enigma 10/03/2015 18:52

Merci pour cette découverte, je note! ;-)

B. 13/03/2015 19:42

C'est avec grand plaisir et pour son auteure également :)