Ca (l'intégrale) de Stephen King

Publié le par B.

Ca (l'intégrale) de Stephen King

Edition : France Loisirs

Pages : 1120

Format : Broché

Résumé : Automne 1957, Derry dans le Maine. La petite ville de Derry connaît depuis plusieurs jours des inondations importantes qui bouleversent la vie des habitants. Ce jour là, Bill Denbrough, 10 ans, est retenu dans son lit par un mauvais rhume. Son petit-frère, George, surnommé Georgie, lui, 6 ans, a bien envie de sortir pendant une légère accalmie. Bill lui confectionne donc un bateau en papier qu'il enduit de paraffine. Dans son ciré jaune, le petit garçon est fin prêt pour faire naviguer le bateau. Lorsque celui-ci menace de périr dans une bouche d'égout, Georgie met un genou dans l'eau, tend la main et essaie de récupérer le bateau. C'est à ce moment qu'un clown étrange nommé Grippe-sou lui propose de lui rendre son jouet et pourquoi pas d'attraper un ballon... Georgie tend encore plus le bras...c'est son hurlement qui annonce que ce bras, si petit a été arraché par une sombre apparition aux dents longues et voraces.


Mon avis : Depuis ce jour funeste, Bill a perdu une partie de sa joie de vivre. Pourtant, ses amis et lui vont repousser « Ca » l'été suivant, en 1958. Mais « Ca » n'est pas mort et d'après Mike Hanlon, l'un des copains de Bill, Derry est assaillie par des vagues meurtrières envers les enfants tous les 25 ans environ. 27 ans plus tard, c'est Mike qui les contactera tous avec cette phrase horrible : « Ca est revenu ! Tu as promis de revenir ! »

J'ai tellement de choses à dire...

Il s'agit donc de l'histoire d'une ville moyenne, dans le Maine, à la fin des années 50, en plein McCarthysme (chasse aux sorcières des communistes suite à la seconde guerre mondiale). Du point de vue politique, il ne restera que le racisme « du nègre », la peur de la différence, notamment envers les homosexuels, comme toile de fond. Georges Denbrough a donc été assassiné de façon sauvage et on ne peut plus étrange et il n'est que la première victime d'une vague de meurtres d'enfants inquiétante. Le récit alterne le vécu de chacun des enfants en 1958 avec la réception de l'appel de Mike Hanlon pour que tous reviennent à Derry alors que chacun a fait sa vie et a totalement oublié les pourtant sanglants événements de 1957-58. On le comprend vite, le seul à être resté à Derry c'est Mike et c'est aussi le seul à se souvenir de tout ce qu'ils ont vécu cette année là, il sera le témoin du passé pour que le présent se réalise. On retrouve donc de temps à autres, un récit conté par lui à propos de l'enquête qu'il a menée sur Derry et cette force maléfique à travers le clown.

L'histoire en elle-même est extrêmement bien construite et surtout narrée car malgré les allers et retours incessants dans le passé, passé presque plus volumineux en terme de pages que le présent, jamais je n'ai perdu le fil de ma lecture. Je ne sais pas si la ville de Derry existe mais en tout cas, dans la tête de King elle est bien vivante comme s'il y avait habité et je crois que c'est ce qui apporte de la force à l'histoire. Malgré l'aspect irréel des actes meurtriers puisque commis par un monstre qui n'existe que dans les cauchemars des enfants et parfois l'esprit brillant des adultes comme Stephen King (de grands enfants ?), cette histoire, j'ai eu l'impression d'en faire partie, de tourner au coin des rues, de naviguer dans les tunnels, de jouer dans « Les friches mortes »... Je trouve que c'est le grand talent de l'auteur, raconter des choses irréelles qui arrivent à nous faire peur car elles semblent totalement réelles !

Et donc j'en viens au style de l'auteur. Je le trouve toujours très efficace, rythmé, clair...mais surtout, il est à la fois impliqué émotionnellement dans l'attachement aux lieux et aux personnages et en même temps très détaché dans la façon de rapporter des faits comme le ferait un journaliste qui se veut le témoin de scènes de la vie de tous les jours. Et c'est bien ce sur quoi j'insiste, on a l'impression d'être au moins témoin et parfois acteur du livre. « Ca » est donc un livre bijou tellement on le sent abouti, pensé, réfléchi. Rien n'est laissé au hasard, pas même les petites histoires dans la plus grande. Du coup, ceux qui pourraient se dire : « Woah ! 1120 pages... », rassurez-vous ! Ca se lit comme du petit lait tellement tout est fluide. Certes, on passe une semaine avec les personnages mais ils sont tellement attachants...

J'en viens d'ailleurs aux personnages. Il doit être difficile de créer le héros de son livre, je ne peux que supputer le travail à faire pour réussir le challenge. Mais alors, que dire d'un auteur qui en a 6 voire 7 parfois ? C'est juste du génie. En plus, il est assez impressionnant de se rendre compte qu'on a vraiment l'impression de changer de narrateur, je souligne donc encore une fois à quel point cette histoire a été préparée et je comprends pourquoi il aura fallu 4 ans pour qu'elle soit achevée.

Les enfants sont tous différents et j'ai vraiment aimé chacun d'entre eux. Avant d'être un roman d'épouvante bien que je me demande encore si on peut le classer dans ce genre, je pense que c'est un beau roman sur l'amitié, au delà de ce qu'on peut ressentir quand on est confronté à l'horreur. Ces enfants qui chacun à leur façon ont des difficultés (surpoids, bégaiement, asthme,...) acceptent d'autant plus les autres tels qu'ils sont. Ils sont unis dès le départ, avant d'être unis dans l'affrontement pour leur survie. Avec l'amitié, on voit aussi l'inimitié dans le personnage d'Henry Bowers, la petite frappe avec un seul neurone et le reste de sa petite bande.
C'est également un bon roman d'aventures. Il se passe toujours quelque chose, on ne se perd pas dans la contemplation inutile d'une fleur au milieu d'un champs – une fleur c'est très beau mais bon voilà – non ! On court, on tourne les pages en vitesse, on a le cœur qui bat. C'est rudement efficace.

Je crois que vous l'aurez compris, j'ai eu un véritable coup de cœur pour ce roman, il n'y a qu'un tout petit bémol mais qui n'a rien à voir avec le style ou les personnages. Non ! Il s'agit juste de ce qui me fait peur. J'aurais voulu que « Ca » ne devienne pas ce que finalement, King en fait...mais je n'en dis pas plus donc oui, j'ai été un peu déçue par la fin.

Ce roman est important ! Je pense qu'il a sa place dans toute bonne bibliothèque, il n'est pas effrayant tout le temps ou du moins c'est tout à fait acceptable. Si vous ne devez lire qu'un Stephen King, pour le moment, je vous recommande celui-là !

Publié dans Horreur, Fantastique

Commenter cet article

Randall 23/02/2015 20:22

Superbe chronique. Mon King de chevet depuis des années mais le côté frayeur est toujours présent... :)

B. 24/02/2015 07:05

Oh merci ! Nous avons donc "Ca" en commun :D

ROTUREAU 17/02/2015 17:45

Brrrrrrr il doit falloir être spécial(e) pour lire une oeuvre pareille. Eh oui, certains appellent cela une oeuvre......

B. 17/02/2015 19:24

Non mais dis donc, on ne critique pas des lecteurs, vile toi !

Mirza 16/02/2015 11:46

Ah ben ça c'est de la critique, bravo :)

B. 16/02/2015 19:19

Oh mais c'est la journée compliments, je rougis et te remercie. Attention, le mot critique n'est pas nécessairement négatif !

Sphinxou 13/02/2015 20:37

Il faut que je le lise !

B. 13/02/2015 22:02

Je ne peux qu'acquiescer :D